samedi 7 mars 2009

Au bord du fleuve...

Aller en Amazonie, c'était un rêve d'enfant, une sorte de destination rêvée où les gens vivent en harmonie avec la nature, les arbres et les animaux. C'est un peu différent du mythe, certes, mais c'est quand même toujours magique.
Nous partons de Bélem en bateau, d'un de ceux qu'on imagine descendre le Mississippi, bleu et blanc, énorme. A l'intérieur, trois étages, remplis de hamacs et de bagages. Il y en a partout autour de toi, en haut, en bas, sur les cotés... A la fin du voyage, je me suis retrouvé avec une petite fille en haut de moi, deux autres sur les cotés, de tonnes de bagages en dessous, heureusement c'était Romain à ma gauche... Il y avait des gens de toutes sortes (enfin, bien sur, pas les plus riches, qui prennent l'avion...): des familles, des femmes et des hommes seuls, des jeunes hippies qui sortaient du FSM, des Indiens... Certains Indiens étaient venus pour le FSM et c'était la 1ère fois qu'ils sortaient de leur tribu. Un moment, le petit bar du bateau passait Le bossu de Notre-Dame: des indiens de 20, 30 ans étaient devant, morts de rire à chaque blague: merci Disney pour la rencontre des civilisations! Ca devait leur paraitre aussi exotique que nous occidentaux regardant Pocahontas...
Donc, sur le bateau, le temps passe lentement. Tu lis, tu parles avec les gens, tu dors, et tu manges (mal). C'est tout, mais c'est bien. Ca apprend à prendre le temps. Et puis aussi, tu regardes le paysage, et là, tu te régales. Les premiers jours, la rive est assez loin, on ne voit que des arbres au loin. Mais les jours suivants, les rives se rapprochent et l'on voit des maisons de ribeirinhos, les habitants du fleuve. Ils accrochent parfois leur barque au bateau pour vendre des crevettes, des fruits, des chips de bananes... Il y a très souvent des dauphins d'eau douce, les botos, aussi. Et puis il y a la végétation, presque infinie. De grands arbres, des broussailles, parfois sur les petites iles des marécages où paissent des boeufs (déforestation?)... Par moments, un petit village, mais rien de très "civilisé".
Et il y a les couchers de soleil, tellement beaux qu'ils sont irréels, avec des couleurs impossibles, une lumière indescriptible...
Si bien que l'on a presque envie de continuer le voyage indéfiniment. Presque, parce que bon, la nourriture est horrible, on en a marre d'être tassé, on veut prendre une bonne douche et on veut voir de nous même ce paysage qui défile devant nous...
Nous arrivons donc à Santarém, et allons directement à Alter do Chao, petit village à coté beaucoup plus tranquille. Au bord du fleuve, des plages de sable blanc, une petite ile avec des baraques pour manger, du vert tout autour et du bleu pour le ciel. Cool.
On va dans une petite pousada au milieu des arbres, à 30 secondes d'une petite plage tranquille. Elle est blindée de gens de tous les pays, ça parle anglais (bizarre ici...), on dort tous en hamac dans un gros dortoir au toit de palmes.
On se repose le premier jour, et le lendemain nous louons une barque pour la journée pour aller se promener sur le fleuve. On arrive sur une ile avec pour seule habitation une cabane flottante en bois, où l'on se protège de l'averse. On continue jusqu'à l'Ilha do Amor boire une petite bière. Puis on va voir nos potes du bateau qui squattent sur l'ile, un allemand, une espagnole, un français et un argentin, qui font de la capoeira, qui jonglent et qui se baignent toute la journée. On reste avec eux jusqu'à la nuit tombée, et on rentre sur le "continent".
Nous restons là bas quelques jours à trainer, sur la plage et dans notre hamac, la belle vie.
Puis nous partons avec Fred, un vieux Français recontré à Alter do Chao, dans une communauté sur le fleuve Tapajos, dans une réserve nationale: c'est la communauté Jamaracua, composée de 20 maisons en bois en tout et pour tout. Les poules, les boeufs, les enfants gambadent entre les seringais (hévéas) de la cour de la maison. Il y a une cabane avec un trou en guise de toilettes, un tuyau dehors pour la douche, pas de frigo et l'eau sort du puits.
Post-forum oblige, beaucoup d'étrangers se retrouvent dans cette famille, nous retrouvons là 28 personnes de toutes nationalités.
On arrive là en bateau, on s'arrête a une centaine de mètres de la maison dans la mangrove, on continue les pieds dans l'eau et il ne vaut mieux pas se demander ce qu'il y a dedans.
A coté de la maison, il y a une petite plage où nous passons le reste de la journée les pieds dans l'eau, regardant les hommes pêcher (mais se faire manger les poissons par les dauphins!), avec là aussi un coucher de soleil fou. On passe une soirée excellente avec tous les jeunes et les gens de la maison, à base de samba et de rires. On est, vraiment, bien ici.
Les deux jours d'après, on va se balader dans la forêt. Les guides connaissent vraiment bien la forêt, ils nous expliquent les vertus des arbres (de quoi guérir toutes les maladies de la terre...), on voit un paresseux mal en point et autres animaux, on mange des noix d'Amazonie et des mangues... Certains arbres sont énormes, l'un d'entre eux a 1500 ans: la vôvô (la grand-mère). La forêt n'est pas très sauvage, mais c'est impressionant. On est en Amazonie, tout de même!
Le soir également, on part à la "chasse au jacaré": le père nous emmène sur sa barque, il passe un peu de temps dans l'eau et revient avec un petit crocodile, un jacaré, qu'on prend en photo et qu'il relache. En fait, la balade vaut plus le coup pour le ciel plein d'étoiles et pour les blagues d'Irasildo, le père...
Les derniers jours, le plus gros des étrangers part, et l'on se retrouve un peu plus tranquille. La famille peut souffler un peu. Il faut parler un peu de cette famille étonnante: la mère, Dona Socorro, est une mère ourse pour ses enfants et les gens de passage. Elle passe son temps à cuisiner ou à ranger. Le père, Irasildo, est un jaguar de la forêt. Il doit avoir une quarantaine d'années, mais il est encore musclé et repère des animaux à des centaines de mètres. Il rit de tout comme un enfant et il est génial. Il pêche les poissons pour toute la famille dans sa petite barque. Les deux sont beaux, sains, calmes. Autour d'eux, il y a les enfants, toute la famille et les parasites qui gravitent autour. Les petites filles sont belles, elles ont les cheveux noirs et la peau cuivrée des Indiens, et une fierté dans la manière de se tenir que l'on retrouve chez peu de gens.
Mais on parle un peu avec Dona Socorro, et la vie n'est pas aussi idyllique qu'elle en a l'air: il n'y a pas grand chose àfaire le soir en Amazonie, et il y a peu Irasildo buvait, et devenait parfois violent. Ils n'accueillaient pas d'étrangers à l'époque. Lui a failli la quitter, ce qui signifie la perte de beaucoup de choses pour une femme là-bas et l'obligation de se remarier avec quelqu'un. On peut alors imaginer la vie des gens de la forêt sans cet apport touristique; l'argent doit être rare et la vie assez dure.
Il y a donc beaucoup de choses à tirer de ce séjour dans la communauté, et il faut y avoir été pour en avoir tous les enseignements, à la fois une tranquilité impressionante mais aussi des difficultés pour survivre...

1 commentaire:

aïko a dit…

salut pauline,
je débarque de manière un peu impromptue dans ta blogosphère personnelle, je ne sais d'ailleurs pas trop si tu seras capable de me situer, et d'ailleurs peu importe, je m'appelle mathias je suis à l'iep j'ai eu ton blog par l'intermédiaire de celui de cécile et je me régale en te lisant. J'aurais aimé partir au Brésil cette année mais ma belle mère, pourtant grande baroudeuse devant l'Eternel m'a formellement interdit de m'y rendre, arguant que j'aurais tout le temps de le faire quand j'aurais cessé de prendre les rades sinistres pour des scènes ouvertes et les enfants du bon dieu pour des canards sauvages au pays de la sambak47. Bref je fantasme mon voyage via tes récits, et ce qui est étonnant c'est qu'ils collent de très près aux élucubrations de mon imaginaire. Merci de me faire voyager, je n'ai pas pour habitude de me faire le laudateur de masturbations stériles, fussent-elles en 2.0, mais il me semble important de souligner le fait que la prodigalité de ta prose ne tombe pas sous la paupière d'un aveugle (foutre dieu demain j'arrête de boire). Bref je ne vois pas souvent de commentaire à tes articles, et je trouve cela très dommage, je voulais juste te dire un très grand merci pour le temps que tu prends pour nous narrer ton périple te souhaiter une excellente continuation. Des bisous d'Afrique minha xota querida (dsl je me suis fait une pote angolaise).