mardi 11 mars 2014

Conceptualisons

Jusqu ici, je n ai trouvé le temps que d écrire des mails factuels a la famille,  l accès à internet et le fait d etre seule dans un endroit tranquille étant un luxe par ici. Je profite du fait que la communauté qui m héberge soit partie se droguer sous couvert de cérémonie hippio-sectaire pour pré rédiger ce petit post.. mais laissez moi vous raconter.
En gros, j ai suivi mon itinéraire prévu: itaparica, quilombo tenonde, carnaval de rio, puis wwoofing dans l espirito santo. en 1 mois et demi, tant de choses a raconter!
Je vais essayer de résumer quelques aspects de mes aventures a travers quelques mots: les brésiliens sont assez fans de concepts, je vais donc leur en emprunter 3 : natureza, musicalidade et espiritualidade. Je pense que personne n a besoin de traduction?

Natureza: les citadins dont je fais partie ne rêvent que d une chose, une vie simple, rudimentaire,  pas de superflu. Hé ben j en ai eu en veux tu en voilà, et parfois, je n ai eu ni superflu ni essentiel! C est agréable mais pas de tout repos. Les coins ou je suis allés sont magnifiques. Très souvent j ai été immiscée dans la "vraie vie" brésilienne,  du moins quelques uns de ses aspects les plus authentiques. 
Toutefois la vie dans la nature (ou du moins la "vida simples") a quelques inconvénients: les moustiques en 1er lieu, mon fléau! Ils sont partout! (Sauf chez Laurène et je l en bénis) ils te bourdonnent dans l oreille et te piquent a foison. Mon top a été au quilombo: les pieds couverts de boutons (vraiment,  ce n est pas une facon de parler), puis des boutons infectés qui creusent des plaies pleines de pus (j espere que vous apprécierez mon alliteration gore)
Ensuite: mes douches sont généralement froides, et sont soit un filet d eau soit pas grand chose de plus. Et il ne fait pas toujours 30 degres.. donc imaginez, entraînement de capoeira,  travail dans les champs, t as envie d une bonne douche pour decrasser, hé bien non.
Ensuite: l eau et l électricité ne sont pas toujours au rendez vous. Je n ai pas encore eu l honneur de tester la favela sans eau chez laulau mais ca doit être quetchose. La ou je suis a présent,  il n y a pas d électricité.  Ca veut dire qu a 7h du soir, la vie s arrête,  quasi. Hé ouais, c est comme ça la nature en vrai.
Ensuite, tu ravales ta pudeur pour faire pipi et tu fais n importe où comme tout le monde: au carnaval, j ai vu des filles faire au milieu de la foule avec ses copines qui se mettent autour pour cacher! La ou je suis, tu ne fais que caca dans les toilettes seches, tu ne peux pas faire pipi (pour ma part je ne sais pas encore comment ils font pour separer les 2..)
Sinon, mes fringues ne sèchent pas parce qu il fait trop humide, j ai des cals sur les mains a force de travailler la terre, je dors sur des matelas imbrobables, je fais ma lessive au savon de coco et a la brosse, je sais cuire des feijao et des gateaux au feu de bois et (essaie) d ouvrir des cocos a la machette.
Parce que parfois, il y a de vrais luxes, comme ceux ci: ton pote monte en haut du cocotier et t ouvre une noix de coco rafraîchissante; le hamac où je suis, dans une veranda en terre avec une vue sublime sur la colline d en face; les gommages d argile du fleuve du quilombo; l eau tiede d itaparica a maree basse; la vue magique de chez Laurène; les jus de goyaves fraichement cueillies pour le petit dej.. et bien d autres!

Musicalidade:
Bon, j en ai déjà parlé et c est un cliché, mais la vie bresilienne est remplie de musique. Il y a d abord pour moi celle de la capoeira: difficile d aprentissage comme l ensemble de cet art, mais superbe. Tous les soirs au quilombo, nous faisions nos 2h de musique ou presque. Malheureusement,  j etais forte a l école mais mauvaise élève en capoeira: j apprends lentement et meme si j ai progressé en 1 mois, j arrive tout juste a tater du berimbau et a chanter plus ou moins juste et en rythme dessus. Toutefois c est ce qui me plaît dans la capoeira: les possibilités de progression sont infinies dans tous les domaines.  Au conseil de classe de la capoeira,  je pense que j aurais "encouragements" : style, eleve méritante malgré des bases douteuses. Doit travailler davantage pour suivre la classe."
Bref! Mais c est top! Et les chansons parlent d esclavage, du candomblé,  de la vie quotidienne,  la pêche,  le travail dans les champs, les animaux... plein de choses a dire, mais je ne sais pas trop comment car je suis trop dedans. 
Il y a aussi la musique du quotidien,  de la télé,  de la radio: généralement de la sousoupe gnangnan d amour et de saudade. Les brésiliens sont fans. Moi, moins.
Il y a les concerts de pagodao d itaparica: waw, j avais jamais vu une chose pareille. Une scène,  un chanteur, de la musique boum boum avec des paroles vulgaires (style: descends jusqu'au sol, je vais te manger...) et des danseurs et legging argenté sur scène et... des centaines de filles de 12 a 20 ans qui "dansent" le cul en arriere dans une parodie a peine voilée d acte sexuel. Et les mecs matent en buvant de la biere. Tu m etonnes que les filles tombent enceintes a 15 ans..
A côté de ces scènes,  il y a des voitures avec des baffles dans le coffre qui vomissent une musique similaire, avec parfois des enfants qui reproduisent la même danse vulgaire, et les mamans laissent faire en rigolant.
Et heureusement,  il y a le samba carioca (et encore, je suis restée sur ma faim...) : un groupe de percussions plus ou moins grand, un cavaquinho, des grands classiques que tout le monde reprend en coeur, avec le sourire, en dansant. J adore. J ai pu donc voir pour de vrai au carnaval ces scènes que tu vois a la télé: des meufs en string avec des plumes, des grands noirs qui jouent des percus, et des gens avec des déguisements dingues qui se tremoussent: sauf que la, les gens qui défilent,  hé ben je les connaissais! Sauf que ma soeur n est pas une grande noire, a son grand desarroi. Donc en gros, elle a "fait" le Sambodromo, et donc parcouru une grande avenue pendant une heure en secouant frénétiquement un instrument qui ressemble a un boulier (en rythme, et c est pas si facile que vous croyez), devant des milliers de gens, accompagnée d une centaine d autres musiciens plus d autres centaines de danseurs et bonhommes déguisés en sac a main ou en tamanoir. C est plutôt classe.
Au carnaval il y avait aussi les blocos de rue, des coins de pure folie ou les gens plus ou moins déguisés parcourent les rues en dansant et en buvant. C est indescriptible et assez fou. Mais la musique est généralement toujours bonne.
Cependant: ces gens ont un répertoire de milliers de chansons excellentes et celle que j ai du entendre 30 fois depuis que je suis ici, la mono chanson, celle que tout le monde reprend en choeur, est celle ci:

Enfin donc, la spiritualidade:
Je commence par mon expérience actuelle car c est assez bizarre: je suis donc partie en tant que volontaire wwoofeur chez des jeunes qui ont un terrain a cultiver, sympas, voyageurs, hippies mais pas trop. C est assez cool. Je plante plein de trucs et il y a plein de cascades. Toutefois, au dela du fait que les conditions de vie soient tres spartiates,  ils appartiennent a une communauté sectaire dite "église du santo daime" , le daime étant un thé hallucinogène type ayuascah qu ils boivent dans une cérémonie où ils glorifient la vie et la nature. Le genre de trucs qui m énerve. La nature n a pas besoin d être spiritualisee pour être belle, bordel. D autant plus que j ignorais totalement cet aspect la de la communaute avant de venir  et avais soigneusement évité les annonces woofing style "on aime la vie et on vit tout nus en chantant des louanges a la mere nature"
Donc! Depuis 4 jours, je voyais plusieurs trucs bizarres, on me parle d eglise, de travail spirituel, quand je descends a la ville je ne vois que des hippies, sur le chemin des cascades un petit mot explique ce qu est le Santo Daime (le saint thé hallucinogène donc) , et aujourd'hui jour de cérémonie je comprends que toute la communauté en est!
On m a proposé d y aller, je sais que boire ça est une expérience hors du commun mais je suis a présent beaucoup trop critique pour tester cela. Mes chakras ne sont pas ouverts, on va dire.
Sinon,  les églises évangélistes ont toujours la cote (cf post d il y a 5 ans) , je commence a dire "gracas a deus" comme toute autre expression, il y a toujours écrit "dieu est fidèle" sur les scooters et les paquets de parmesan. 
Il y a donc aussi le candomblé,  cette religion si proche du vaudou, forte dans la Bahia. Je ne vais pas entrer dans les détails mais ai assisté à une superbe procession pour Iemanja,  la déesse de la mer, a itaparica. Cette "religion" est malheureusement en perte de vitesse face aux églises importées mais est bien présente dans l inconscient,  voire le quotidien des gens. Un exemple: au quilombo, il y avait un gars qui était un peu malade, pas très bien: il est allé voir sa mère de saint (la prêtresse) qui et entré en transe et lui a parlé de fleurs suspendues: le mec est allé voir la où il avait pendu une orchidée avec son ex meuf et la, il trouve une meche de ses cheveux avec de la terre dans un paquet: menace de mort! Du coup il a brûlé le truc, il s est purifié et il a fait une petite offrande a son dieu et il est allé mieux.
Allez démêler le vraix du faux, le fantasmé de l imaginé,  toujours est il que certaines choses sont parfois inexplicables ici. Et je pense que les haitianophiles qui me lisent comprendront!
Ne vous inquiétez  pas, je reste toutefois loin de tout ca! Mon maitre de capoeira n est pas un gourou,  gracas a deus (oups..)